Mardi 17 février 2009 à 6:36

(Musique)

"Putain mec jsuis deeeeechiré !" Kevin explosa de rire en tapant sur sa cuisse et devint un peu rouge. Voilà cinq heures que ces deux gars avaient mangés leurs repas magique. C'était un pote à eux qui leur avait trouvé ce plan.

"Putain les mecs, y'a un espèce de pédé qui vit près de chez moi qui reçoit tout le temps des merdes d'Hollande par colis, la vérité c'est un vrai ouf ce mec ! Grave un vieux gars t'as vu, genre grosse tapette qui s'prend trop pour un malade !
- Vas y ! Mec, j'ai 20 E là, tu veux le défoncer ? Tu m'amènes son prochain colis, jsuis sur y'a moyen que ça soit d'la vraie weed ça s'ra vraiment frais, vieux !"

 C'était comme ça que ça avait commencé, mais il s'était avéré que l'espèce de pédé ne commandait pas d'herbe de Hollande, mais des champignons hallucinogènes, plus particulièrement des philosopher stone. L'autre, dégouté, avait déclaré qu'il touchait pas à ça, il connaissait des mecs que ça avait rendu fou en une fois et il préférait en rester au spliff, alors Kévin avait appelé un vieux pote à lui, du genre à trainer dans sa cité depuis qu'il est en âge de marcher, mais qui galérait encore pour réussir le lycée, et ils avaient bouffé ça dans un canapé, en regardant dismissed sur MTV.
  Là, ça faisaient trois heures que Kévin et Lucas riaient et se contorsionnaient en regardant autour d'eux. L'effet de la psilocybine leur retournait le cerveau à tel point qu'on eût dit qu'ils étaient retombés en enfance. Ces deux gars qui n'avaient cessés d'écraser leur personnalité à coup de télévision et de conneries, dont l'esprit était ramolli par le shit et dont toute trace de volonté créatrice ou d'empathie avait disparue s'émerveillaient maintenant de chacun des nouveaux éléments rencontrés dans le HLM merdique dans lequel ils passaient leur soirée : une plante, cette vieille chatte qui n'arrête pas de miauler, le ciel à travers la fenêtre et le riz posé sur la table de la cuisine.

"Moi aussi jsuis trop high, mais je psychote grave là, c'est violent !" Venait de répondre le pote d'enfance de Kévin, qui parlait tout en bougeant ses mains d'un air mystique.
-Hahaha !! explosa de nouveau Kévin, regarde toi avec tes mains là, c'est juste géant !
- Genre tu dis géant, toi ! Vas y mais mec t'as plus la même tête j'en peux plus ! Fais tourner un bédo s'iiil te ... Ouais nan en fait j'ai trop pas envie méfu, par contre ça t'dit pas on sort vite fait ?
- T'es ouf, il est  à peine 23h mec, y'a encore des p'tits qui jouent en bas tout ça, t'as cru j'allais descendre comme ça !
- J'avoue, conclu Lucas avant de retomber dans ses pensées"

  Un long silence s'installa dans l'appart', Kévin collait son oreille au sol et aux murs pour détecter un bruit sourd qu'il prétendait entendre ("ça me stress tu sais pas", affirmait-il presque sans cette agressivité qui accompagnait habituellement chacune de ses paroles) tandis que son pote se contentait de fixer la fenêtre en fronçant les sourcils, l'expression d'un religieux devant la lumière divine peinte sur son visage encore un peu boutonneux. Les minutes passaient ainsi, élevant les deux jeunes dans un délire de plus en plus éloigné de la réalité : les couleurs se tordaient, Kévin croyait entendre ce son mat à intervalle régulier frapper les murs de l'appart' tandis que le mutisme de son pote l'empêchait temporairement d'entendre quoique ce soit, le plongeant dans un univers nouveau et muet. Quand Lucas lança un "Vieuuuux, putain ça y est !" qui lui sembla résonner dans tout l'immeuble, Kévin se retourna vivement : il avait les pupilles complètement dilatées et la bouche crispée dans un sourire d'une force qui touchait presque à la violence.

"Quoiiii ? Demanda-t-il d'un ton que Lucas ni personne ne l'avait connu
- Tu vois je psychote depuis tout à l'heure, mais mec faut que tu m'écoutes !
- Vas-y ! Mais c'est comme moi hier...
- ...Ta gueule, deux secondes, s'iiil te plait ! Voilà, tu vois, j'ai badé tout a l'heure, parce qu'on était enfermés dans ton mini-appart' (l'autre commençait à protester mais se tut de lui-même, se jugeant seul ridicule d'une agression aussi absurde), et j'voulais voir dehors parce que j'me sentais complètement enfermé, enfin un délire chelou, mais vraiment violent... Après, j'ai regardé par la fenêtre, et j'ai sentis que même si je sortais, j'me sentirais toujours aussi enfermé. Tu vois, je trainerais le long des allées, à la limite j'pourrais aller au centre ou bien me trouver une fausse forêt pour me sentir cool, mais nan ça changerait rien ! (Kevin l'écoutait maintenant attentivement, et jamais il n'avait écouté quelqu'un, même un ami, aussi longtemps sans penser à autre chose). Donc du coup, j'me suis dit que si j'étais pas enfermé a cause des putains d'immeubles et tout ça, c'est que j'étais enfermé quelque part là (il montra sa tête du doigt, et Kévin vit son autre main s'envoler pour toucher son cœur, il secoua la tête et se remis à boire ses paroles). Tu vois, on fait tous des trucs complètement attendus, on est là, dans cet immeuble, avec tel adresse tout ça, et il est telle heure, et on fait ça, et demain on fera ça, à tel endroit, tout ça, et c'est là qu'on est bloqués mec ! Ça fait j'sais pas combien d'années qu'on s'enferme, vieux ! Tu vois, j'me suis entendu dans ma tête, j'disais "On est plats, on est en deux dimensions", temps et espace mec, tous ces trucs qui s'opposent, yin yang et machin truc, t'as vu ? "

Kévin paraissait captivé : les yeux grand ouverts, il affirma en signe d'encouragement :

"Vas y, va plus loin, ce que tu m'dis c'est en train de putain d'entretenir l'autoroute du soleil qui trace sur mes joues.
- Stylé ! Bref, j'me suis vu bloqué dans un enclos à quatre murs, que le seul moyen d'en sortir c'était ds'envoler par le trou au plafond. Enfin tu vois, j'me dis qu'il faut que j'trouve le moyen de ...
- Putain mais t'entend pas les "boum boum" là ? ça fait un rythme limite, c'est ouf !! YAHHHHH !! Haha c'est génial mec !
- Calme toi, deux secondes, dit précipitamment Lucas en posant une main sur l'épaule de son ami. Faut vraiment que tu m'écoutes, j'crois qu'on peut se libérer tu vois. J'sais pas si tu connais Pink Floyd, c'est un délire, mon darron au Maroc, quand on prend la route pour voir la mifa au bled tout ça, il met ça dans la voiture, et il me raconte des trucs de merde, mais en fait c'est ouf ! Bref, non, c'est pas ça que j'veux dire ! En fait, ce qu'on sait pas, et s'que sont en train de me gueuler à la gueule ces putains de champignons qu'on s'est enfilés, c'est qu'il y a plus que deux dimensions, qu'il y en a une troisième qui s'étend à l'infini. Le temps est pas infini mec, pasque quand tu claques, y'a plus de temps, et ça c'est pareil pour l'espace, mais pourtant t'as pas déjà eu le vertige en pensant à l'infini ? C'est qu'il est bien quelque part dans nos p'tites têtes nan ? Pasque sentir l'infini au bout des doigts, c'est vraiment space comme délire ! Bref, donc tu vois, j'me suis dit qu'en créant quelque chose qui existait pas, ou qui avait pas lieu d'exister, on sortait du temps et de l'espace, tu trouves pas ? Putain mec, ça parait tout simple, mais c'est complètement ouf ! Suffit de créer quelque chose de ouf avec ta tête, et tu peux sortir du temps et de l'espace, te libérer de tout ce qui nous entoure vieux ! Toutes ces conneries dont on a rien à foutre !! Il faut qu'on sorte de tout ça !"

Kévin était sous le choc, retourné par les révélations philosophiques de son pote, il lui demanda naïvement :

"Comment on peut sortir mec ? Tu veux créer quoi ? "

Il y eut un silence, Lucas, ce type qui fumait du shit en se vantant de ses bastons contre d'autres mecs de son genre devant sa tour, approcha lentement son visage de celui de Kévin, ce gars pâle avec des beaux yeux verts, mais qui passait son temps à rire bêtement et à agresser les lycéens sans jamais vraiment s'amuser.

"On peut créer quelque chose, on peut changer le cours des choses, modifier la ligne qu'est là d'vant mes yeux, on peut sortir du carré et planer dans les champs du libre arbitre !"

Il posa ses lèvres sur celles de Kévin. Un silence se fit, aucun des deux mecs ne bougea, et puis Lucas passa sa main sur le bras musclé de Kévin. Après, tout fut très rapide. Lucas réprima le dernier geste de refus de Kévin en le poussant contre le sol, puis il passa ses jambes le long de son torse pour être sur lui et l'embrassa à pleine bouche, léchant le bout de ses lèvres avant de pénétrer sa bouche. Kévin recommença à sourire. Lucas avait tout son poids sur lui et lui tenait ses deux mains collées au tapis du salon dégueu de cette salle de banlieue. Kévin ferma les yeux et s'appliqua à rendre à son ami ce baiser; l'angoisse qui aurait dû le frapper à l'idée d'un tel geste se transforma en formidable force insensée de volonté humaine et transcendante. Ce sentiment d'infini que chacun peut ressentir se décupla pour lui et il se sentit comme tomber en chute libre tandis que Lucas redoublait d'ardeur. Il ne bandait même pas, mais il surquiffait cette contradiction avec ce qu'il croyait être, il se sentait lavé par cet acte tabou et c'est comme si enfin il revoyait la lumière. C'était la troisième dimension, il n'était pas là, à embrasser à ce moment là Lucas, mais bel et bien en dehors du temps, dans une salle emplies de couleurs jusqu'à l'infini, et cet instant resterait pour lui une bulle ayant toujours existée et existante pour toujours. Bien sûr, lui ne se disait pas tout ça, en fait, tout ce qu'il y eut pour Kévin, c'est ce bonheur absolu qu'il n'avait pas connu d'puis l'enfance, les couleurs vives et agréables qui se tordaient sur le noir de ses paupières fermées et le rythme de ce son qui allait en s'intensifiant. Kévin avait Lucas sur lui, et il le serrait contre lui à l'en étouffer, et si nous ne devions ne retenir qu'un seul des délires qui traversa le corps, les sens et l'esprit de Kévin durant cette nuit, c'est bien cet instant où il entendit comme des milliers de mains frappant sur un gigantesque tambour en peau de chèvre, des milliers de pieds frappant une terre rouge en dansant, et... Le ciel comme caisson de basse.

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Publié par boku-sama

Vendredi 6 février 2009 à 4:43



Salut ! Haha, c'est débile de te dire "salut" là non ? C'est vrai que tant de temps est passé... Assis toi, allume ça, il faut que l'on parle... Oui, ça fait 10 ans maintenant. Qu'est ce que tu dviens ? Ah oui ? C'est super. Non moi je fais pas grand chose, tu sais, j'écris, et puis je rencontre des gens... Ah oui ? Forcément on ne peut pas tous rester comme on l'était ados ! Un mec ? Ah non tu sais, je suis plutôt solitaire depuis l'époque. J'imagine que tu m'as un peu oublié. Bien sur, c'est normal, tu es normal. Moi, non, je dois t'avouer. Oula, tu es defoncé toi, depuis combien de temps tu n'as pas fumé ?! Ah oui quand même ! Impresionnant, avant on fumait tout le temps tous les deux... Tu as les yeux explosés ! Comment ça pourquoi ? 

...

C'est quoi ce silence ? 

Putain mec, j'dois t'avouer un truc, tu viens de me sortir un sourire qui m'a glacé le temps, euh le sang plutôt haha. Tu vois, t'as fais ce sourire du mec qui a fumé, et y'a dix années qui sont tombés dans l'oubli, j'ai mon sang qui a fait qu'un tour et les larmes qui m'ont bouché la vue. Non, essaye pas de répondre, t'as toujours été nul pour parler sérieusement. De toute façon t'as rien à dire, mec, c'est moi qui doit te parler  ce soir. Putain quand j'te vois j'ai envie de te serrer fort contre moi, je vois ce que t'es devenu et ça m'énerve, ça me tue même, et j'vais être obligé d'oublier ce que tu es pour me remettre de tout ce temps qu'a filé tu vois. Enfin non, j'pense pas que tu comprennes ce que j'veux te dire. Tu vois à l'époque, j'ai eu un gros problème. On était les meilleurs amis du monde, hein ? J'adorais penser à toi, te parler, te sentir près de moi. Et puis y'a eu ces soirs où je m'imaginais dans tes bras, plus on grandissait et plus je voulais te voir, et plus j'avais horreur de ce que j'ressentais. Rien de sexuel, me regarde pas comme ça putain ! Non non, c'est juste que quand tu me sortais ce sourire là, bah j'avais plus de raison, et je voulais juste te serrer à t'en étouffer. Rien de grave, tu me diras, mais ça c'était trop puissant pour que tu puisses le comprendre je crois. Peut-être suis-je très prétentieux, mais j'me demande si certaines personnes n'ont pas une sentimentalité bien plus exacerbée que les autres. En tout cas, j'ai ressenti un truc auquel t'aurais jamais pu répondre. Une sorte d'amour, entre la famille et l'amant, un délire ! Arrête de regarder par terre, putain ! Je te parle ! Regarde moi dans les yeux, s'il te plait, c'est un moment très important, non ?


Bref je reprend. Je suis pas le pédé de service tu sais. Les choses sont bien plus compliquées, du moins je l'espère ! Tu vois,  quand j'étais avec toi, c'était tout le monde, le temps et le vivant qui n'avaient plus la même gueule, tout changeait et des univers naissaient dans ma tête à chaque minute. Avec toi, j'pouvais danser toute la nuit sur le silence de la nuit, j'pouvais pleurer en regardant l'herbe et rire devant un type qui m'agressait. Non je crois pas que tu vois, putain j'y arrive pas. Disons qu'avec toi, je suis dev'nu moi, et puis malgré tout, t'es dev'nu toi avec moi non ? Enfin, c'est vrai que c'est plus que ça, c'est vrai que dès fois, j'passais dans les rayons d'un supermarché, et j'sentais l'odeur de ta lessive. Haha regarde le sol de nouveau s'il te plait. Putain, là j'suis le pédé de service hein ? On s'en fout. Je sentais l'odeur de ta lessive, et j'étais comme nostalgique avant l'heure. C'était toute ma raison qui pétait, et j'm'arretais 5 bonnes minutes devant l'odeur, j'avais des frissons qui m'parcouraient la peau, la pensée qui vacillait dans les méandres de l'imagination adolescente. Et puis je me mettais à trembler un peu, comme une grosse tapette tu vois, j'me voyais trembler mais personne remarquait parce que j'savais m'y prendre pour être discret, et puis jvoyais ta tête dans ma tête, enfin tu vois non ? Et y'avait ce sentiment incroyable qui parcourait mon corps, me traversait entièrement et qui est resté imprimé dans mon inspiration. J'avais envie de tomber, la migraine montait, je ne comprenais pas et ne cherchait plus du tout à comprendre et...

...

  Regarde moi à nouveau quand je te parle. Tu sais, j'crois que jamais j'pourrais t'expliquer vraiment ce qui s'est passé, et je pense aussi que jamais tu ne pourras comprendre. C'est pas méchant hein, enfin si un peu, mais c'est parce que d'un coté, je te déteste. Quoiqu'il en soit, y'a eu ce moment où j'ai voulu ne pas m'ignorer, où j'ai pensé à toute ma vie, et où j'ai affronté toutes les choses qui gravitaient autour de mon existence sans plus m'illusioner à base de "je suis jeune" et ça passera. Je me suis regardé dans le miroir, et j'dois avouer que j'sentais ton reflet tout près du mien. J'ai su qu'avec toi, je n'pouvais plus aller plus loin. Tout simplement. Tu ne pourras jamais comprendre mais j'veux au moins essayer d'mettre des mots la dessus, parce que sinon à quoi bon, putain ?! J'avais des rêves, tu vois, et j'avais des projets pour moi même. Cette vie ne pouvait pas me suffir, et j'ai douté de toi. Ca faisait un moment qu'exceptionellement on ne s'était pas contactés, c'est de ce moment que j'ai profité pour fuir. Je me suis cassé dans cet avion, et puis le reste, ces dix années, ne compte pas. 
 
  Fais pas cette gueule, calme toi, tiens fume. Qu'est ce qui t'arrives ? J'ai pu me retrouver avec moi même, prendre des bains glacés et ne pas manger pendant des jours tu vois. J'ai retrouvé l'essence de mon âme et la volonté de mon individualité. J'ai pu fonder ma philosophie et me créer une nouvelle culture. J'ai rencontré des mecs et connu des sentiments très proches de l'amour. Pourquoi je suis revenu, c'est ça la question, pas vrai ? Haha, je suis défoncé, mec. Non, sérieusement, j'ai regretté ce que j'ai fais. Je croyais que tous ces sentiments étaient futiles et étaient des obstacles à l'accomplissement de mon être, que c'était comme la baise par rapport à l'amour tu vois, une sorte de jouissance du corps qui n'a que comparable la copulation animale. Bon, ptêt pas à ce point, mais une connerie dans ce genre.

Toujours est-il que j'ai pris un putain de chemin difficile, qu'il m'a éloigné de tout ce qu'on a pu connaitre tous les deux, de tous ce qu'on a pu apprendre. Et tu vois, malgré ça, et malgré toute la route que j'ai parcourue, et malgré tout l'oubli que j'ai accumulé, j'ai pas pu ne pas penser à toi. Ton sourire et ton regard m'ont hanté jusqu'à ce que je m'décide à vnir te voir. Il y a eu plus que ce qu'on peut dire entre nous. T'es celui qui a marché à coté de moi sur le fondement d'notre temps, t'es mon compagnon de génération, l'explorateur avec qui j'ai découvert la vie. Tu vois, j'suis allé très loin tout ce temps, j'ai fini des études et même des recherches, j'ai été reconnu par plein de gens et j'ai eu de bonnes critiques, mais putain on avait raison à l'époque ! Je te le dis maintenant ! Y'avait rien de plus important que nous, mec, et surtout rien de plus important que nos rires dans la nuit, nos délires au soleil et nos rêves de putain de jeunes inconscients ! Tous les deux, on a été notre putain d'âge d'or, on l'a construit avec cette boue qu'était notre époque desilusionnée, on l'a bati malgré tout pour l'exploser en s'écrasant dessus, en riant comme des connards. On a été la vérité, surtout quand on était ivre mort et qu'on lachait quelque larmes de rire en regardant l'aube se lever. On a été la raison, la seule et l'unique, à tel point qu'elle devrait pas s'appeller raison.

...  Bref j'suis venir pour te dire que j'taimais de cet amour vraiment spécial, et que jamais j'aurais du me casser comme ça mec...

FIN N°1 :

...Il a regardé le sol un moment, en fond, la musique continuait à tourner, celle d'autrefois. Et puis au bout de quelques minutes, il a levé les yeux vers moi. Ils brillaient à la faible lumière de la cheminée. Il prit son verre, avala son fond de whysky, regarda le feu, encore. La musique qui continait à me bercer dans les souvenirs qui m'enfonçait plus encore dans cette situation romanesque que j'avais créee. Il a tourné la tête vers moi, de nouveau. Ses yeux brillaient, plus qu'ils n'étaient explosés par le joint. J'ai regardé sa main, parce que je me sentais gêné de ce regard. Elle tremblait, sa main. Et puis lentement, avec difficulté, il a passé son bras autour de mes epaules. Ensuite, tout a été très rapide, il a essuyé un hoquet douloureux et a laissé tombé sa tête contre ma poitrine en éclatant en sanglot, très doucement, sans faire aucun bruit. J'ai passé ma main dans ses cheveux, et je lui ait dit désolé, désolé. Il m'a répondu "je t'aime, putain j'taime tellement mec, t'imagines même pas. Enculé, va !".

FIN N°2 :

Un long silence s'est installé dans le salon. Il regardait le feu, sans rien dire, et je sentais la présence de sa femme derrière, qui devait nous regarder sans rien oser dire. La musique que j'avais mis continuait à tourner, et plus le morceau de cette époque incroyable qu'avait été la notre avançait, et plus je me sentais gêné. Mon discours m'avait plongé dans un abyme de doute, et celui à qui il s'adressait me paraissait maintenant n'être qu'un inconnu aux oreilles bouchées. Il a fini son verre de whisky et m'a regardé en souriant. 

"Ca me fait vraiment plaisir, tout ce que tu me dis là mon ptit E. ! Ah, ça c'est sur que ça fait longtemps !"

Il a rougi et après quelque banalités m'a gentiment invité à le laisser. Je me suis retrouvé seul dans cette rue froide de banlieue, et plus rien ne ressemblait aux temps perdus, sinon mon coeur qui bat trop fort et mon ventre qui se tord dans l'angoisse.



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Publié par boku-sama

Mardi 3 février 2009 à 16:18

J’adore ce moment précis du concert où l’excitation atteint son zénith à en faire perdre la tête à toute la salle. Je viens de retirer mon T-shirt dégoulinant de sueur en finissant une chanson violente, je reprend ma respiration et boit un peu tandis que des milliers de personnes crient et chantent dans la fosse. Je sais que la prochaine chanson de la setlist est celle que j’ai écrit récemment, les paroles ne veulent pas dire grand-chose mais elle me donne l’impression qu’elle n’est d’aucune autre encre que ma pure essence et qu’elle respire la tristesse et le désespoir qui me hantent les soirs d’hiver. J’ai chaud, je m’tiens au milieu de la grande scène plongée dans l’obscurité. Tout est noir dans la grande salle, je ferme les yeux, n’entend plus que les cris de la foule quand l’intro arrive. « C’est la dernière fois que je chante », me dis-je à chaque fois que je veux atteindre un état assez transcendant pour exprimer au mieux les plus violentes passions qui me déchirent.
  Je me remémore la moindre émotion qui a suscitée l’écriture du texte et la mise en place des mélodies en commençant à chanter. J’ai l’habitude maintenant, alors très vite, je me sens partir dans la chanson, ou peut être Est-ce elle qui vient m’habiter. Il n’y a plus de public, plus rien d’autre que les vibrations de la musique, la danse sexy des guitares et mon corps au milieu de l’obscurité, la noirceur de mon âme au cœur de la nuit. Ensuite, je ne pense plus. Je chante avec mes tripes, les notes ne sont pas toujours justes, loin de là, mais au moins mes yeux brillent sincèrement, et mes mains tremblent, et mon cœur gueule.
  J’ouvre les yeux, me rapproche du bord de la scène. Aux barrières, comme enflammés, des fans pleurent en tendant la main vers moi. Chaque fois que je vois ce spectacle d’inconnus qui, sans même comprendre mes mots, ressentent mes sentiments avec une telle violence, j’ai cette image d’un rayon de puissance créatrice et humaine traversant ma cage thoracique pour frapper l’esprit du monde, bleu. Je pars dans les aigus, pose ma main contre mon cœur qui bat à tout rompre, sans cesser de sentir cette puissance grandir en moi, menaçant d’exploser à tout instant. Et puis il n’y a plus de temps, plus de corps, je suis une voix qui se complait dans un océan d’ondes émotionnelles, je me frotte la peau pour mieux ressentir toute cette puissance, me gratte et me coupe le torse jusqu’à ce que le sang coule, pour que chacun puisse voir ce rayon divin qui me traverse. Et puis voilà qu’une boule de tristesse infinie me remonte jusqu’à la gorge et m’amène à pousser un cri qui résonne dans la salle, fait taire les cris et même rater un temps au batteur.
  Je m’écroule sur la scène, mes oreilles bourdonnent, j’ai le torse en feu, et mes yeux ne répondent plus vraiment. La lumière s’est éteinte après que j’ai crié, et c’est le silence dans la salle. Personne ne souffle un mot, tout le monde me regarde reprendre ma respiration avec difficulté. Je prend le micro et lance un « thank you tokyo ! » qui déclenche un tonnerre d’applaudissement. Oh oui, j’adore, j’aime ce moment du concert où la somme des ressentis de chacune des milliers de personnes de la salle ne forme plus qu’une seule et même émotion dont je ne suis qu’un prisme, cet instant où les sentiments dépassent l’individu pour créer quelque chose de nouveau. C’Est-ce tout qui nait de la fusion de nos passions que j’appelle sublime. Il fait trembler tout mon être et me fait vouloir vivre éternellement.


Publié par boku-sama

Jeudi 22 janvier 2009 à 14:18



[...]


J'ai pu aller sur le net. J’ai retrouvé les photos du temps passé. Il faisait noir dans la pièce, seule la lumière blafarde de l’écran éclairait mon visage. Ces images m’ont paru si lointaines, comme d’une autre vie, que ça m’en a retourné le cœur. Ce tourment qui m’assaille est si beau, si vivant. Ce sentiment face aux temps perdus me semble être la plus parfaite forme de sublime. Il est comme le vertige qu‘on peut éprouver au sommet d‘une falaise, la mer Méditerranée plus bas, la terreur du vide et cette envie absurde mais toujours présente de s’y laisser tomber, quitte à y laisser la vie, tant la chute serait si puissante.  J’ai failli plonger, mon état était si transcendant de tristesse et de violences qu’il m’a semblé que j’aurais pu me laisser aller à cette passion tout le reste de ma vie.
  Quand je pense au temps, je vois un fleuve puissant et magnifique, qui coule à une vitesse incroyable et qui recouvre sous ses eaux profondes tout ce qu’il trouve sur son passage. Cette peur mêlée d’envie, là aussi, m’amène à m’imaginer mon esprit englouti par le fleuve, en dessous duquel tout ce qui fut imparfait deviens pur, par lequel toute chose peut toucher à toute forme de beauté.
  Je laissais défiler les photos devant mes yeux, et je ne voyais que des sourires à demi-effacés, des rires conservés sous une flaque floue, et des mains anonymes qui se tenaient au soleil. Ces images ne paraissaient pas réelles, elles semblaient mimer un rêve englouti. J’ai refermé l’ordinateur et je suis ressorti dans les rues dévastées de ce qui restait de Paris en m'allumant une clope. Je devais faire quelque chose, rencontrer des gens, créer de nouvelles choses.

[...]

Publié par boku-sama

Jeudi 22 janvier 2009 à 3:38



 Qui aurait pu croire que ma vie pourrait changer à ce point ? Après avoir travaillé un temps à New-York, à profiter des nuits de folie de la capitale, nous avons pu nous acheter notre Van. Pour pas ressembler à « ces connards de hippie », comme le dit si bien Yanis, on l’a choisi noir. Sur le coté, à la bombe, est écrit « Sisi la famille », et derrière, un stickers énorme et jaune indique « Here is the tékaté ».
  Nous avons pris l’autoroute pour le sud, cela faisait déjà un moment que nous roulions. Sur la route, on était allé d’aventures en rencontres, sans que jamais on ne s’ennuie. Et puis voilà qu'une experience incroyable nous est tombés dessus, quelque chose de dément. On fonçait sur l’autoroute déserte, partout autour de nous, c’était le désert, le même qui nous a fasciné dans tant de films américains. On avait pris du LSD que nous avaient vendus des types à San Francisco. Et puis on a dû s'arrêter sur le coté parce qu'un fou rire nous anéantissait peu à peu, on est sortis de la voiture et on s’est roulés dans le sable, et puis on s’est mis à pleurer, pleurer sans pouvoir articuler un seul mot. Ces larmes étaient pleines de tout le bonheur du monde. Pour la première fois, je me sentais exister comme être à part. La chaleur faisait coller mon débardeur Sexpot blanc à ma peau et chauffait à blanc le cadenas Vivienne Westwood que je portais autour du coup. La famille, les problèmes pour le futur, la solitude, tout ça était sorti de ma vie depuis assez longtemps pour que je puisse enfin profiter pleinement du présent.
  Après nous être calmés et avoir séchés nos larmes, nous nous sommes remis dans le van et on a préparé des milk-shake glacés avec une machine débile qu’avait acheté Zed dans une station d’autoroute. On s’est posés sur le toit du van, armés de nos énormes lunettes de soleil totalement kitsh, et on a bu nos milk-shake en souriant bêtement au soleil. On a laissé le temps couler, sans faire une seule fois attention aux voitures qui passaient sur l’autoroute, jusqu’à ce qu’on puisse admirer le soleil grossir et devenir orange brulant dans l’horizon de sable. Je me suis souvenu d’un truc que j’avais écrit quand j’étais ado, du style « ah ! Orange merveille et fantasmes-fées ». Je l’ai dit à voix haute, et on s’est tous tu. J’avais encore envie de pleurer. Quel délire que l’humanité, me disais-je, quel fabuleux et indescriptible sensation que d’être homme. J’ai regardé Constantin à ma gauche, l’ai pris dans mes bras et l’ai serré contre mon cœur. Je le savais déjà, mais ne cessais de m’étonner de l’amour sans limite et sans défaut que nous nous portions dans le groupe. Nous étions bien plus qu’une famille, nous étions un tout, une glaise comme on disait.
  Finalement, rassasiés de joies et de bonheurs aux allures d’éternel, on a ré-embarquer dans le van et on a continué vers le Sud. « On va à Las Vegas, et après on retournera vers l'Est pour aller se poser à la Nouvelle-Orléans, ça vous dit ?» proposais-je. Un long débat suivit, duquel nous décidâmes que nous nous poserions finalement à Las Vegas pour un temps, et qu’après on verrait pour la Nouvelle-Orléans. J’étais OK, de toute façon, nous avions toute la vie devant nous.

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Publié par boku-sama

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